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RETROSPECTIVE DU CIRCO’TOUR

 

#circotourCV

Du 21 au 24 juin 2018 j'ai effectué mon Circo'Tour : 3 jours entiers passés à arpenter ma circonscription de député de part en part -- en ne faisant rien d'autre que marcher, ou discuter, ou marcher en discutant. Christophe Castaner l'avait déjà fait dans sa propre circonscription, et je partage son enthousiasme : c'est une expérience inoubliable que je recommande à tous les collègues, modulo les aménagements que la géographie de leur circonscription imposera. 

Dans les rues de Verrières-le-Buisson

Voici les règles que j'avais fixées avec mon équipe : nous dessinerions un trajet de randonnée qui passerait dans toutes les communes de la circonscription et visiterait un maximum de points clé; tous les volontaires pourraient venir m'accompagner, selon des configurations variables, que ce soit pour quelques minutes ou pour des journées entières. Les équipiers et militants pourraient se relayer, mais le député lui-même ferait l'intégralité du trajet à pied, transportant ses affaires avec lui et dormant chez les habitants.


Et possibilité d'un mini trajet occasionnel en véhicule pour des raisons logistiques, à condition que la marche reprenne de l'endroit où elle s'est arrêtée (la même règle que pour certains pèlerinages !)... L'ensemble du parcours serait mis en publicité par des affiches et des annonces Twitter, avant et pendant l'événement, de sorte que tous ceux qui souhaiteraient me parler puissent le faire là où cela les arrange le mieux.

Au centre du Ratel à Bièvres

Le trajet de la randonnée avait été soigneusement préparé, et un certain nombre de rendez-vous pris en avance. Le départ était fixé à l'extrême nord-est de la circonscription, au bord de la commune de Verrières-le-Buisson, dans l'après-midi, et l'arrivée se ferait dans ma propre commune d'Orsay, trois jours plus tard. 

Pour être plus précis :

  •  Premier jour : traversée successive de Verrières-le-Buisson, du Bois de Verrières, puis de Bièvres où nous avons pu participer à la Fête de la Musique locale -- concert d'orchestre amateur au parc Ratel, chansons au bar.
  • Deuxième jour : belle marche (près de 30 km en tout), montant sur le Plateau de Saclay, puis passant par Vauhallan (haut lieu historique de la cueillette des fraises), Saclay, Villiers-le-Bâcle, Saint-Aubin. Le Plateau est célèbre pour ses institutions de recherche de haut niveau, mais c'est aussi un grand territoire d'agriculture... La journée comportait des visites passionnantes de plusieurs fermes (ferme de Charles, ferme de Trubuil, ferme pédagogique de Villiers), et un passage par des attractions locales incontournables: l'Étang de Saclay, les rigoles du Plateau, le Synchrotron Soleil, les embouteillages infernaux de la RD36 ou du Christ de Saclay.
  • Troisième jour : Descente de Saint-Aubin vers Gif-sur-Yvette, passage au point le plus à l'ouest de la circonscription (Lycée de la Vallée de Chevreuse), puis montée vers le Plateau de Gif, long séjour au marché de Chevry, pique-nique dans le Parc du Château de Belleville. Redescente dans la Vallée de l'Yvette, traversée de Gif vers Bures, où nous avons pu participer une seconde fois à la Fête de la Musique -- cette fois une grande manifestation en plein air mêlant groupes amateurs et professionnels.
  • Dernier jour : montée de Bures vers Les Ulis via la route de Montjay, long séjour au marché, traversée des Ulis, passage à Mondétour, redescente vers Orsay, et pique-nique final dans le parc.

Certains twittos se sont interrogés, avec plus ou moins d'à propos, sur la pertinence de mon habillement de randonnée qui leur semblait surdimensionné, ridicule, ou je ne sais quoi. Des controverses déchaînées se sont ensuivies dans la Twittosphère... Alors, en passant pour ceux qui se demandent narquoisement comment je me serais habillé pour aller dans une randonnée en pays lointain : il se trouve que j'ai fait pas mal de randonnée en amateur, sur tous les continents -- depuis le GR20 en Corse jusqu'aux forêts de Hokkaïdo, en passant par le Mont Cameroun ou le cratère du Mont Haleakala... et vous savez quoi ? Que l'on fasse de la randonnée à 20 ou 20 000 km de Paris, le bon équipement est toujours le même : vêtements courts pour ne pas avoir trop chaud, bonnes chaussures de marche pour limiter les ampoules et s'adapter à tous les terrains, tapis de sol pour se reposer en plein air, vêtements de rechange parce qu'on est civilisés, et chapeau à large bords pour éviter les coups de soleil. Rien de sorcier ! Ajoutez-y un bâton de marche si vous aimez -- le mien est un véritable makhila basque, offerte avec grande classe par les employés de l'Institut Henri Poincaré à l'occasion de mon départ. Ah, et puis pour mes T-shirts qui ont suscité quelques remarques, ils ont tous leur histoire -- depuis le T-shirt Longhorn souvenir d'un séjour de recherche à Austin Texas, jusqu'au T-shirt Beatles que j'ai ramené d'un "pèlerinage" à Liverpool; quant au chapeau, je l'ai acheté à ALMA, le plus haut télescope du monde, perché à 5000 mètres d'altitude dans le désert d'Atacama. Voilà, et si vous voulez bien maintenant on n'en parle plus parce que franchement ça n'en vaut pas la peine, et parce que ce n'est juste pas le sujet !

Ce qui vaut la peine qu'on en parle, c'est ce qu'apporte le Circo'Tour au député, et à l'exercice de ses fonctions.

 

En premier, pour le député c'est une façon de revenir sur le terrain, de quitter les bureaux, et d'aller à la rencontre des gens dans une démarche active et sportive. Et c'est bête, mais le fait qu'il y ait un effort physique fait du bien. Malgré les bonnes chaussures de marche, les ampoules ont été à la hauteur, le réveil a sonné chaque matin entre 6 et 7 heures, et le sac à dos s'est alourdi de produits du terroir au fur et à mesure du trajet.

 

Un Circo'Tour, mine de rien, ça se gagne !

Ensuite marcher sur place permet d'apprécier les détails bien mieux que lors d'une cérémonie ou d'un rapide trajet en voiture. On voit la géographie sous de multiples angles. On prend son temps pour aller voir les rues, les bâtiments, les cimetières, les commerces, les espaces verts. Les habitants vous parlent de l'histoire de leur coin, des années d'urbanisme local, des difficultés de voisinage ou de politique locale, de l'organisation de leur quartier; et vous pouvez ressentir vous-mêmes les différences de préoccupations ou de forces directrices d'un endroit à l'autre. Par exemple, dans la vallée de l'Yvette, c'est une coexistence harmonieuse, patiemment forgée, entre nature et urbanisme, si bien que certains trajets ressemblent plus à une balade en forêt qu'à une promenade en ville. Mais impossible de trouver, pour l'instant, un sens à l'urbanisme du Plateau, et les heures passées à y cheminer, sous un soleil qui cogne, en longeant les embouteillages interminables, se sont incrustées comme une vraie souffrance dans ma mémoire. Et c'est une chose de parler des difficultés des liaisons entre plateaux et vallées dans un territoire restreint, mais quand vous faites trois fois cet aller-retour à pied en trois jours, le sujet est bien plus tangible. Les transitions aussi sont instructives, et ce n'est qu'à pied qu'on peut bien apprécier la sidérante transition entre Bures et les Ulis, où en traversant une rue on change d'un seul coup d'urbanisme, de population, et d'esprit.

Dans cette circonscription il y a un peu de tout -- du béton et de la forêt, des fermes et des accélérateurs de particules, des familles présentes depuis des siècles et des immigrés venus d'un peu partout, des villas et des cités, des quartiers résidentiels et des zones d'activité, des châteaux et des restes de campement de gens du voyage, des forêts sombres et des champs lumineux, du patrimoine historique et l'un des projets de développement les plus ambitieux (et compliqués !) de France. Les manifestations culturelles y vont du plus populaire au plus raffiné, et le contact varie d'une commune à l'autre. Après avoir traversé tout cela en quelques jours, vous avez la conscience aiguë que vous représentez toute cette diversité et en écouter TOUTES les composantes.

Puis, bien sûr, il y a la discussion -- non limitée par les horaires d'une permanence ou d'une cérémonie, sans filtre. En marchant, en achetant votre pique-nique, en participant aux fêtes, vous pouvez discuter avec tout le monde. Quelle diversité de sujets, bien plus grande que tout ce dont on est venu me parler dans mes locaux de permanence ! En trois jours j'ai eu à discuter de : urbanisme, écologie, savoir vivre ensemble, Europe, handicap (les échanges les plus émouvants de tous), nuisances sonores, Linky, agriculture bio, bien-être animal, cueillette des fruits et légumes, agriculture connectée, fonctionnement des collectivités locales, modalités d'élection, expérimentations anti-chômage, militantisme, recherche française en péril, bénévolat, zones constructibles ou inondables, circuits économiques courts, radio par ondes longues et courtes, gestion des déchets du Grand Paris Express, transports en commun et particuliers, compétitions sportives, fonctionnement de l'Assemblée nationale, cannabis, téléphériques, Sénégal, Bénin, pensions de réversion et retraites, supraconductivité, intelligence artificielle, usage du bridge dans l'éducation, politique étrangère de la France, chômage, calcul ésotérique des impôts, implantation de boulangerie, projet d'hôpital, entretien des sentiers, inondations, enseignement... et encore bien d'autres choses ! À la fin de la journée, la fatigue était due plus encore aux conversations multiples qu'à la marche; et c'est très bien ainsi, car notre fonction politique est tout entière tissée de discussions.

La discussion vient avec le partage, qui s'est produit tout naturellement autour des produits du terroir, lieux de rencontre, événements... Bars, bureaux de tabac, marchés, gourmandises glanées dans les fermes du Plateau de Saclay, sur les marchés de Chevry ou des Ulis ont bien tenu leurs promesses. Échanges plus approfondis avec les hôtes au petit déjeuner, et pour conclure la journée on entrechoquait les verres emplis de bière, de rhum ou de vin.

Il faut toujours faire confiance au hasard, et certains des meilleurs moments de mon tour se sont présentés de façon complètement spontanée, que ce soit la fête de la musique dénichée dans un bar à Bièvres, le rassemblement portugais repéré par hasard à Orsay, la démonstration impromptue de jiu-jitsu brésilien à Gif, le verre de bissap partagé aux Ulis, ou encore le joli chemin de la Messe que l'on m'a indiqué pour aller de Saint-Aubin à Gif. Parmi les nombreuses rencontres non prévues, il y avait même deux anciens collègues que je n'avais pas vus depuis de longues années !

Vous l'avez compris : le Circo'Tour est une façon de diversifier les sources d'information et les discussions du député, en complément de ce que peuvent apporter les rendez-vous ou les sollicitations électroniques. Et j'aimerais pour finir inscrire cela dans un débat d'actualité sur la fonction du député.

Aucune fonction, peut-être, n'est moins bien comprise sur le terrain que la nôtre : on nous voit souvent comme des sortes de super-élus locaux, ou au contraire comme rattachés au gouvernement. Mais notre fonction est hybride -- un pied en circonscription où nous sommes élus, un pied à l'Assemblée. Bien qu'il soit élu en circonscription, la Constitution ne donne aucun rôle local au député, et cela a été renforcé par la disparition du cumul des mandats, puis par celle de la réserve parlementaire. Certains souhaiteraient aller plus loin en recentrant les élus à Paris et en développant les fonctions nationales au détriment de l'implication locale. Au contraire, je fais partie de ceux qui militent pour qu'à l'occasion de la révision constitutionnelle en cours, on inscrive dans la Constitution le principe de semaines sans aucune obligation au Parlement : des semaines que le député sera libre d'occuper sur le terrain, en circonscription, ou à toute autre activité utile à son mandat. Au delà de l'efficacité que cela permettra (en dégageant par contrecoup des semaines presque complètes au Parlement, sur le modèle de nos collègues allemands), je suis convaincu que des semaines en circonscription nous permettront de mettre en oeuvre bien mieux l'esprit de la Constitution. Et surtout, que l'on tirera bien meilleur parti de cette dualité en apparence incompréhensible, que l'on peut interpréter soit comme le symbole du lien direct entre les citoyens et l'État, soit comme celui de la cohésion nationale entre territoires variés.

Lien direct entre les citoyens et l'État : avoir des députés élus en circonscription et investis en circonscription, c'est la garantie que les voix des citoyens soient toutes représentées à l'Assemblée, à travers les volontés exprimées envers leurs élus. Quand il faut faire une enquête, le maillage territorial des députés leur permet de bien identifier l'ensemble des opinions qui s'expriment sur le territoire. Et réciproquement, un député qui passe au marché, c'est la possibilité pour tout citoyen qui s'y trouve de prendre des nouvelles directes, sans filtre médiatique, des affaires de la nation, qu'il s'agisse des nouvelles du gouvernement, de l'implication du Président, des orientations budgétaires, de la politique étrangère de la France, ou de tout autre sujet.

D’autres souvenirs du Circo’tour vous attendent dans la galerie photo de mon site internet :

 

https://www.cedricvillani.fr/galerie-photo

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